mockup affiche
Vous l’avez peut-être remarqué sur les réseaux sociaux, dans les portfolios de nombreux freelances ou agences de communication : le mockup (ou maquette de mise en situation) est devenu une arme de séduction massive. Des images ultra-léchées, où le logo d’un petit cabinet de comptable ou d’une boulangerie de quartier est placardé en ville à la manière de la dernière campagne Nike ou Coca-Cola. Flatteur. OK, dans l’absolu, c’est très pratique pour entrevoir ce que la créa donnera et comprendre un univers. Toutefois attention : à force de vouloir rendre le design « plus vrai que nature », on finit parfois par oublier la nature même du projet. Sa projection prend le pas sur sa réalité.

L’illusion du portfolio : quand le style s’affranchit du réel

Depuis une quinzaine d’années, ces mises en scène se sont emparées des portfolios. Je plaide coupable : j’en utilise aussi. Ça attire l’œil, ça présente bien. Cependant, j’ai aujourd’hui le sentiment d’assister à une dérive : le graphisme n’est plus toujours conçu comme un livrable réel, mais uniquement pour briller dans un joli mockup.

L’évaporation du réel

Je me revois quelques années en arrière avec mon « book » noir sous le bras. Ce book, c‘était la version papier du portfolio.  La présentation était brute, sans fioritures. Tu y classais tes projets pour les mettre en valeur et les rendre les plus attractifs possibles. Tu imprimais ton affiche proportionnellement réduite et si tu le pouvais, tu ajoutais une photo prise dans la rue pour prouver que tu étais allé au bout du processus de création. Tu devais montrer un dépliant, soit tu donnais le support achevé, soit tu proposais une maquette réalisée chez toi, collée et pliée délicatement. C’était imparfait, mais c’était vrai.

Désormais, la bataille ne se joue plus sur le terrain du réel. Les portfolios sont sur internet (avec son lot d’avantages – inutile de faire le vieux, c’est plus pratique) depuis longtemps, l’outil s’est dématérialisé. Et l’arrivée des IA génératives ne fait qu’accentuer cet effet : peu importe la vérité, ce qui prévaut c’est le « beau », le « stylé ». Avec ça, les projets fictifs se multiplient, on crée sans contraintes, on s’absout d’une réalité devenue encombrante.

Plus que jamais, le réel est au cœur de tous les enjeux et bien entendu, le design comme champ d’action n’y échappe pas. Jetez un œil sur LinkedIn, Instagram, Tik Tok ou YouTube et vous verrez que la représentation du réel compte plus que le réel lui-même. Nous préférons fantasmer plutôt que regarder la réalité avec ce qu’elle a de plus commun. Ça donne quoi ? Une multiplicité de projets fictifs cherchant tous à s’afficher sous leur plus beau jour. Des maquettes souvent encensées, qui suivent pourtant les tendances et se copient inlassablement, jusqu’à ce qu’on en puisse plus.

Les typos se ressemblent, les couleurs se ressemblent, les compositions se ressemblent. Des créas tendances, présentées dans de jolis mockups pour les rendre les plus réelles possibles. Or, elles ne le sont pas. Et c’est bien là tout le problème. Ces projets, aussi sincères soient-ils sur le plan de la démarche créative, n’ont pas fait face à un élément essentiel : la contrainte.

Le danger des projets sans garde-fous

Je ne dis pas que les projets fictifs sont inutiles, j’en réalise moi-même. C’est un excellent moyen d’étoffer un portfolio ou de rassurer des clients dans sa capacité à prendre en charge un sujet sur un secteur spécifique, parfois éloigné de nos réalisations habituelles. Il faut toutefois garder en tête qu’un projet, même fictif, doit comporter des contraintes. Pourquoi ? Parce qu’un beau mockup peut cacher une conception vide de sens, déconnectée des réalités d’usage.

La contrainte : l’alliée du design solide.

Lorsque j’interroge les étudiants pour déterminer quels sont leurs envies et leurs besoins, un élément revient souvent : « j’aimerais que mon projet ait l’air vrai, qu’il fasse pro, réel. »

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : le seul moyen pour qu’un projet semble réel, c’est de le confronter… au réel. Et ce « réel » passe avant tout par les contraintes. Budget, format, couleur, emplacement, audience ou utilisateurs… Ce sont ces paramètres, certes parfois rigides, qui vous rapprocheront d’une réalité bien souvent impalpable, qui nécessite de se projeter.

Prenons par exemple la question du format. Vous avez commandé un projet print ? Le format est essentiel, car il définit le rapport que la personne aura avec votre support. Va-t-elle l’observer de loin ou de près ? Va-t-elle le manipuler ? Va-t-elle le ranger dans sa poche ou le conserver en tant qu’objet ? Ces questions aboutissent à des choix de conception déterminants. Ils influeront sur sa forme, la taille des textes et des visuels, et même le type de papier à privilégier… Et c’est pareil pour le digital, où les problématiques d’utilisabilité influenceront encore davantage l’apparence de votre projet.

Idem avec les contenus. Quels éléments essentiels composeront mon support ? Quel sera le message à afficher en priorité ? Mais pas uniquement. Il existe également une multiplicité de constituants secondaires à prendre en compte : sous-titres, paragraphes, logos partenaires… également, les mentions légales, parfois soumises à des spécifications particulières pour assurer leur bonne lisibilité.

La lisibilité justement. En voilà une contrainte qui embête souvent les designers et les graphistes débutant.

« C’est plus graphique, pas besoin que ça soit lisible. »

OK, je veux bien. Un élément texte peut bien sûr être graphique dans certains cas – le cadre culturel, par exemple, où l’expérimentation y est plus fréquente –, mais s’il est assimilé à un contenu – même secondaire –, autant qu’il soit lisible. Ou alors c’est juste du graphisme et il faudra quand même se poser la question de sa légitimité à apparaître dans la composition. Le problème c’est surtout que ce qui semble correct sur un mockup risque fort de ne pas l’être du tout une fois imprimé ou mis en prod sur un site ou une application.

La gestion de la typographie est sans doute avec la composition l’élément le plus difficile à maîtriser pour les graphistes. Et c’est souvent après de nombreuses années de pratique que l’on sait correctement la manipuler. Pourtant, en réfléchissant d’abord à son rendu réel – autrement dit, imprimée pour les supports prints ou affichée sur le bon appareil pour les projets digitaux –, l’essentiel des soucis de tailles et de lisibilité seront résolus. Les alignements douteux et les proportions aléatoires ou encore les textes minuscules ou gigantesques vous sauteront aux yeux.

Si un graphiste vous dit :« J’peux imprimer que du A4… »

Les logiciels de création graphique permettent tous d’imprimer en mosaïque. Un peu de colle, un cutter et vous verrez ce que ça donne en vrai !  Et si vous ne savez pas ce que c’est que l’impression en mosaïque, je serais ravi de vous en parler.

En conclusion, ne signez pas pour une belle image, signez pour un outil de communication !

Mon conseil pour vos projets à venir est le suivant : ne vous laissez pas éblouir par la mise en scène. Demandez-vous toujours comment le design se comportera dans votre « vraie vie ».

 

  • Imprimez les maquettes : Même en noir et blanc sur votre imprimante de bureau. Cela vous permettra de mieux estimer les tailles de caractères et le format réel. Et s’il s’agit d’une 4×3, autrement-dit une affiche très grande, imprimez une ou deux feuilles, un cadrage format 1 :1 d’une partie de l’image, et observez ce fragment du support en vous plaçant à quelques mètres.
  • Testez les prototypes digitaux : observez les maquettes web directement sur votre téléphone ou un écran le plus proche possible de la réalisation travaillée, et non sur un PDF figé (ou pire, une version imprimée !).
  • Évitez le décoratif : vérifiez que la hiérarchie des informations survit à l’absence du décor flatteur (le fameux thé matcha ou le bureau en bois précieux) qui entoure l’image.

 

Un bon design n’a pas besoin d’un décor de cinéma pour exister. Il est beau parce qu’il fonctionne, parce qu’il répond à vos objectifs et parce qu’il surmonte l’épreuve du quotidien. Un cas client embelli par quelques mockups : oui ; un cas client, uniquement constitué de mockup… je vous laisse en juger. Votre prestataire vous livre seulement le mockup de votre affiche ou de votre plaquette, exigez le PDF, imprimez-le et analysez-le dans le détail, vous éviterez les mauvaises surprises.

Vous avez déjà été déçus par un rendu incroyable sur écran, mais décevant une fois en main ?

Discutons-en en commentaires. Et si vous préférez, prenez rendez-vous avec moi pour construire un projet qui ne vous décevra pas !

MFD

Un commentaire

Laisser un commentaire